Il y a quelques années, je déjeunais avec un Directeur Général et une Directrice de l’Innovation d’un grand groupe. Notre cabinet Upmind venait d’être shortlisté pour les accompagner sur la structuration d’une direction de la transformation.
Ils me décrivent les projets de transformation ambitieux sur lesquels leurs équipes travaillent depuis plusieurs mois. Et une question me trotte dans la tête : “Excusez-moi de vous couper. Vous me parlez de transformation. Mais transformation de quoi, en quoi ?”
Un long silence s’ensuit.
“- C’est une bonne question… Nous ne savons pas trop quoi répondre…”
Et à vrai dire, cette réaction ne m’a pas tellement étonné. Car ce flottement revient souvent quand je pose cette question. Il dit quelque chose d’important sur la façon dont beaucoup d’entreprises abordent la transformation : sans savoir vraiment d’où elles partent, ni où elles veulent aller.
Tous les métiers sont des métiers de la transformation.
Le boulanger transforme la farine en pain, le communiquant une idée en message, le développeur une question métier en programme informatique.
On pourrait même dire de façon simpliste que par essence, travailler c’est transformer.
Et dans les grandes entreprises, il existe de nombreux postes dédiés à la transformation : des organisations de la transformation, des directions de la transformation…
Bien souvent, ces postes sont occupés par des profils variés : du marketing à la direction générale, et un peu plus rarement des profils plus tech. Il est donc difficile de déterminer le métier qui se cache vraiment derrière ce type de fonction.
Si on admet que le principe même d’un travail est de transformer, et si on ne sait pas reconnaître de compétences communes aux personnes qui occupent ces postes, est-ce donc un métier dont on peut avoir une définition partagée ? Alors que même ceux et celles qui l’exercent n’ont peut-être pas tous et toutes la même vision, n’ont pas défini les contours de leur mission.
Transformer en partant de quoi ?
Ce qui me paraît primordial avant d’entamer tout projet de transformation, c’est de savoir d’où nous partons. “De quoi”.
Comme j’ai toujours accompagné des entreprises dans des projets de transformation numérique, le projet partait souvent de l’envie d’intégrer un nouvel outil digital dans l’organisation. Mais que ce soit pour intégrer un CRM, du Cloud, ou plus récemment de l’IA, toutes les solutions numériques sont la plupart du temps exogènes, extérieures à l’entreprise. Comme un corps étranger à greffer.
Dans une entreprise qui a ses process, ses méthodes et ses relations humaines, il n’est pas possible de plaquer une solution et d’attendre que toute l’organisation s’adapte ensuite. Il est au contraire primordial de commencer par décortiquer la culture d’entreprise, son fonctionnement. Un peu comme nous analyserons les traditions d’une tribu. Nous avons d’ailleurs parfois fait venir une anthropologue pour nous accompagner sur cette partie.
Ensuite, il est important que les équipes comprennent le projet, la nécessité du changement.
Je me souviens notamment d’une entreprise qui a perdu un de ses principaux clients. Les contrats s’en vont progressivement sur deux ans. Ils pensent alors que la peur va motiver les équipes pour activer la transformation digitale de l’entreprise. Mais, bizarrement, ce levier de la peur ne fonctionne pas. Dans ce cas précis, notamment parce que les équipes étaient toujours au complet, elles ne voyaient donc pas les conséquences des pertes financières.
… pour aller vers quoi ?
Ce qui a marché dans cette entreprise c’est quand le message a changé.
De la peur, la Direction est passée à un message beaucoup plus engageant : “se transformer pour être les premiers à humaniser le digital”. Un projet commun, en lien avec les valeurs de l’entreprise, et clairement énoncé, a complètement changé la donne.
On se rend ainsi compte que, si l’objectif premier dans un projet de transformation est de trouver le point de départ, cela ne suffit pas. C’est seulement une étape qui permet de se mettre en mouvement.
Pour avancer, il faut aussi se demander vers quoi l’organisation souhaite aller. “En quoi” elle souhaite se transformer, avec une intention forte et un objectif précis.
Pour être efficace et durable, la transformation doit se déployer par étapes. En intégrant les solutions progressivement, sans jamais perdre de vue la culture de l’entreprise, sa structure et la direction souhaitée.
Une fois qu’on a défini le point de départ et le point d’arrivée, pas forcément dans les détails, mais qu’on a une idée claire, on peut parler de voyage.
De transformation de “A” vers “B”.
Tours et détours
“On croit qu’on fait un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.” Nicolas Bouvier – L’usage du monde.
Avoir une direction claire a pour but de mieux gérer les tours et les détours. Car la transformation, c’est avant tout une mise en mouvement, afin de pouvoir trouver en chemin ce qui va apporter de la valeur à l’entreprise.
Dans nos projets de transformation numérique, nous accompagnons le plus souvent des entreprises qui ne sont pas directement liées au secteur de la tech, et les solutions qu’elles vont intégrer sont, par nature, exogènes à leur organisation. En entamant leur transformation numérique, elles embarquent donc pour un voyage au cours duquel il y aura des tours et des détours.
C’est notre rôle de faire en sorte qu’elles y soient préparées.
Et comme le numérique est en constante évolution, les entreprises doivent se transformer de plus en plus vite.
Garder son ADN
Ces 20 dernières années, notre société a traversé des évolutions à grande vitesse : Internet, l’amélioration des performances de calcul, l’iphone et la mobilité, le cloud et maintenant l’IA. Tous ces outils viennent profondément perturber les processus des organisations.
L’intégration de l’IA est probablement ce qui change le plus profondément la donne pour les PME, depuis le cloud au début des années 2000. Le point de départ reste le même, mais est-ce que l’IA change le point d’arrivée ? Ou bien le voyage entier ?
Pour moi ce qui en fait un outil très disruptif, c’est qu’elle modifie les deux.
– Cet article à été écrit à la main après une réflexion et une interview approfondie sur le sujet. Une relecture et quelques améliorations ont été effectuées avec Claude.
Yanniss Leloir
Fondateur Upmind Business Technology et You Dont Need US
30 juin 2026
